STATEMENT +

être holistique


Jusqu’à mon séjour à la Villa Médicis, en 1991, j’ai pratiqué la peinture. C’est dans cette pratique et cette culture que s’enracine mon travail. Et c’est à Rome que j’ai compris que ce qui anime mes recherches ce sont les relations que la peinture entretien avec l’architecture et tout particulièrement la peinture de paysage telle que Hubert Robert l’a porté à travers le battement ruine-fabrique.

Mon travail s’est naturellement orienté vers l’installation (Ectoplasme, prototype, 1992 ; Contrechamp, 1998 ; Plateau, 1999, Projet(s) pour un jardin, 1997-2000 ; Demeure, 2002 ; SolAir,2002, Amer6, 2005) où se mêlaient des tentatives de « folie » (au sens architecturale et des préoccupation paysagère (au sens botanique).

La photographie a conjointement pris beaucoup d’importance tant du point de vue documentaire que de la question d’un « point de vue en déplacement » (image, vite, 1997-2000) mais aussi dans sa capacité à magnifier et à abstraire des détails (vivre avec…, 1998-2002, Oculus, 1998 ; Dante, 2005 ; Atmosphère, 2002-2015; M for Make). Cette tension entre « nature et architecture » s’est développée dans de nombreuses expositions (Contrechamp, Galerie Cent8, Paris ; Robinson & fils, La ferme du Buisson en 2002 ; Drop Zone, FRAC Alsace en 2000, Naturelle et domestique, La Chaufferie, Strasbourg, 2000 ; Radiotopie, galerie de l’Onde, Villeparisis, 2005 ; danslelacestlefeu, accélérateur de particules, Strasbourg, 2009).
Depuis 2004, J’ai la chance de pouvoir élargir et approfondir ces recherches dans l’espace public par des réalisations au titre du 1%
 artistique ou de la commande (Amer6 (la cabane du pêcheur), 2005, Jardin des deux Rives, Strasbourg; PO66690, Collège Mendès France, Saint-André, 2006 ; Odonate, LEGTA, Amily, 2007 ; Entre ciel et sel, Dieuze, 2011 ; Syneson, Strasbourg, 2013). Cela m’a permis d’élargir ma conception de « l’oeuvre d’art » à travers des médium aussi différents que la construction « de folies » (Amer6, Odonate), la réalisation d’un livre (avec la participation des élèves, PO 66690) ou encore l’utilisation du son (Syneson). Le point commun à toutes ces réalisations étant la question de la nature prise dans son interaction avec le construit, le déplacement, l’urbanité c’est-à-dire
dans son interaction avec l’homme.
Il s’agit d’une nature sans nostalgie explorée dans ses vues de détails comme dans ses perception plus globales, une nature décriptée dans l’ordinaire du quotidien (voir, repérer, entendre et nommer et c’est une nature extraordinaire qui apparaît, avec elle notre histoire). Ne plus être devant une nature qui « disparaît » mais traversé par elle, transformé par son mouvement, devenir holistique.

l’exposition comme célébration

Exposition L’Impermanence, Fondation Fernet Branca

Jusqu’à son séjour à la Villa Médicis, en 1991, Philippe Lepeut a pratiqué la peinture. A Rome, il comprend que ce qui l’anime ce sont les relations que la peinture entretien avec l’architecture et
la peinture de paysage telle que Hubert Robert l’a porté à travers le battement ruine/tableau/fabrique et la question des points de vue. D’où regarde-t-on ? Que regarde-t-on ?
Cette tension entre nature et architecture s’est développée dans de nombreuses expositions jusqu’à son retournement fictionnel avec la figure de « Robinson » emprunté à Defoe.
Le travail de l’artiste se nourrit autant de littérature, de poésie et de cinéma que d’histoire de l’art. La langue, l’installation, la photographie, le son et quelques constructions y ont également
trouvé leur place. Dès lors, l’artiste conçoit ses expositions comme des fictions faites d’éclats habituellement appelés « oeuvres ». Ce sont des pièces détachées déjouant toute chronologie qui s’assemblent en fiction poétique, montages narratifs dialoguant avec le contexte de l’exposition, commissariat, architecture. Ainsi, chaque exposition est une aventure romanesque où coexistent des éclats pour recomposer un « Ici et Maintenant ».
Si les œuvres possèdent une autonomie, il y a en chacune d’elle une part manquante qui appelle l’autre et l’autre et l’autre en un système agrégatif. Les oeuvres anciennes ou nouvelles appelées
au générique de l’exposition se mêlent et s’actualisent en une histoire née de leur rencontre avec le contexte. Ces montages provisoires sont nommés, ici, « célébration ». Les titres des oeuvres sont importants : Transfert, Image, Oculus, Vivre avec, Reprise, Pinocchio rêvant qu’il chante « Bird of prey de Jim Morrison et encore l’Expérience de la goutte de poix. Ce sont leur nom de naissance qui élargissent la narration en un récit plus vaste.